Musique : Ben dis donc Didon !

lundi 25 mars 2019
par  Marie-Line Bouhatous

Ben dis donc Didon !
Jeudi 21 mars, nous avons assisté à une représentation de Didon et Enée remembered à l’opéra de Lyon.

Didon et Enée est un opéra composé par Henry Purcell en 1689 qui retrace l’histoire d’amour de Didon et Enée rendue impossible par la volonté divine.
L’originalité de cette production consiste d’une part en une surprenante association entre l’œuvre originale et des compositions du guitariste et jazzman finlandais Kalle Kalima et d’autre part dans une mise en scène qui transpose l’histoire dans notre monde contemporain. Elle s’en trouve considérablement dépoussiérée, tout comme les objets qu’exhument, au début du spectacle, Jupiter et Junon d’un chantier de fouilles archéologiques : Iphone, souris d’ordinateur, témoins des avancées technologiques de notre temps. Au fur et à mesure que sont dévoilés ces objets, la musique de Purcell se dévoile elle aussi progressivement, émergeant du chaos dissonant créé par Kallima pour imposer peu à peu la majestueuse ouverture à la française qui introduit le drame.

Là où l’on aurait pu craindre un banal, voire maladroit collage de styles, la musique de Purcell et les compositions de Kalima se fondent, se tuilent et s’expriment mutuellement dans un permanent dialogue. Toutes sortes d’ambiances renforcent le sens de l’histoire, allant des bruitages exécutés en direct par le guitariste à l’aide d’un looper et d’une pédale de distorsion, à la réécriture de certains passages de l’œuvre.

Les références à l’actualité sont très nombreuses : danger atomique, détresse des migrants, société de consommation à outrance, extrémismes, dénonciation des médias qui attisent nos peurs, etc…
Comme souvent aujourd’hui, la mise en scène prévoit également une vidéo qui agrandit l’espace scénique, d’autant plus que le décor est enserré dans une verrière. Tout ce qui est filmé est projeté en direct sur écran. La frontière artiste/technicien est abolie puisque ces derniers sont sur scène et non pas en coulisses.

S’il est un personnage qui nous a impressionnés, c’est bien la sorcière. Sa présence vocale ( cris, yodel, glossolalies, chant blues…) et son jeu scénique extravagant amusent et inquiètent tout à la fois. La référence à David Bowie renforce son personnage de rockeuse déjantée. Faut-il voir dans la pelle à neige qui lui sert de balai une référence à Marcel Duchamp et son oeuvre d’art conceptuelle « In advance of the broken arm  ? »

L’interprétation de l’œuvre originale est également magnifique et l’on attend avec impatience l’air de la Mort de Didon, étudié en classe. Mais celui-ci nous est d’abord proposé par le chœur en entrées en imitation et avec différents tempi ce qui engendre des dissonances que ne renierait pas Arvo Pärt. Nous sommes frustrés et très inquiets : et si l’air avait été supprimé ? Enfin, la soliste nous délivre de ce suspense insupportable et chante l’air tant espéré dans la version écrite par le compositeur. Nous sommes émus aux larmes par la sincérité de son lamento.

En conclusion, ce spectacle nous a prouvé une fois de plus combien la programmation de l’Opéra de Lyon est audacieuse et engagée, ce qui contribue non seulement à déconstruire les préjugés sur l’opéra, mais nous permet une lecture du monde actuel à la lumière du passé.

Un article écrit par Thomas, Coline, Lilou, Rémi,Suzanne, Aglaë., élèves de Première L, spécialité musique.

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